Tout ce que vous vouliez savoir sur le Plan climat air énergie territorial

5, November 2020

sans oser le demander…

Analyse du PCAET de Chartres Métropole

Qu’est-ce que le PCAET ?

Le plan climat air énergie territorial de Chartres Métropole, désigné sous l’acronyme « PCAET », est un outil de planification qui a pour but d’atténuer le changement climatique, de développer les énergies renouvelables et de maîtriser la consommation d’énergie à l’échelle des 66 communes constituant l’agglomération d’environ 135 000 habitants, composée de 78 % de terres agricoles 15 % d’espaces naturels et de villages, et 7 % d’espaces urbanisés au cœur de la rocade.

Son élaboration est une obligation de la Loi relative à la Transition Energétique pour la Croissance Verte (LTECV) du 17 août 2015. L’objectif est ainsi de définir les axes permettant de limiter à moins de 2 °C le niveau de réchauffement maximal de notre planète, fixé par la COP 21.

Par délibération en date du 25 novembre 2019, le Conseil communautaire de Chartres métropole a arrêté son projet de PCAET. La consultation du public vient de prendre fin en octobre 2020. Ce PCAET va prochainement être approuvé. Il est composé d’un diagnostic, d’une stratégie territoriale, d’un plan d’actions et d’un dispositif de suivi et d’évaluation. Ce plan doit être évalué tous les 3 ans, et révisé tous les 6 ans.

Notre territoire est-il vulnérable aux changements climatiques ?

Nous avons lu avec intérêt le diagnostic de du territoire de l’agglomération, élaboré par les ingénieurs du bureau d’études spécialisé « EXPLICIT, expertise énergie climat ». Sans vouloir faire de catastrophisme, nous avons sélectionné quelques extraits intéressants en matière de vulnérabilité territoriale, et factuels puisque rédigés par des experts :

Des risques climatiques, sécheresse, inondations

« Une hausse de température minimale d’un degré à l’horizon proche est à prévoir, ce qui induit de nombreuses vulnérabilités qu’il convient de prévoir. »

D’ici à 2100, « le nombre de jours de chaleur [canicule] pourrait monter jusqu’à 75 par an (comparé aux 11 jours actuels moyen). Les fréquences des épisodes de sécheresse ainsi que de fortes précipitations seraient en augmentation. En effet, la part de précipitations intenses annuelles passerait de 57 à 63 % du total des précipitations et le nombre maximal de jours consécutifs de sécheresse passerait de 21 à 28. Ces pluies intenses, combinées à la sécheresse des sols pourraient provoquer des inondations de plus grande envergure à cause du ruissellement. »

« Les aléas climatiques d’inondations sont récurrents pour le territoire et sont provoqués par trois raisons principales :

  • La saturation de nappes phréatiques sensible en période de fortes précipitations,

  • Le ruissellement à cause de l’exploitation agricole et de l’imperméabilité des sols,

  • Les débordements de cours d’eau lors de crues ou de précipitations exceptionnelles. Tous les secteurs [de l’agglomération] sont affectés par ce risque sur le territoire. Le risque est évalué à 3 sur une échelle de 1 à 4 : risque important pour le territoire »

« L’aménagement du territoire joue un rôle majeur dans la gestion du changement climatique. Chartres métropole est un territoire exposé aux inondations et aux mouvements de terrains. Les aménagements passés ont plutôt favorisé les risques d’inondation ; le ruissellement sur les routes par exemple. De nombreuses zones anciennement propices à la retenue d’eau (fossés, mares) sont devenues des terrains bâtis. »

Des tensions sur la ressource en eau

« La qualité de l’eau des nappes est dégradée par la présence de plusieurs polluants anthropiques, en particulier des nitrates, produits phytosanitaires et autres substances chimiques. La qualité des nappes souterraines est altérée par les rejets des secteurs urbains, industriels et agricoles. »

« Pour résumer, nous observons une forte demande des prélèvements en eau du territoire venant des industriels et de l’agriculture. Par ailleurs, les besoins en eau potable venant de l’extérieur du territoire augmenteront probablement avec le développement de la population et le réchauffement climatique global. Les problématiques d’augmentation des températures, de diminution des précipitations et d’augmentation de sécheresse des sols risquent d’aggraver la tension entre les ressources et les besoins en eau pour les années à venir. L’exposition de la ressource en eau est évaluée à 3 sur une échelle de 1 à 4 (forte exposition). »

Des pollutions de l’air accentuées par le réchauffement climatique. Des risques pour la santé

« Par sa fonction résidentielle, et étant fortement urbanisé, le territoire est exposé aux îlots de chaleur urbain et de manière plus générale aux complications liées au réchauffement climatique pour les populations sensibles, vu leur augmentation. Météo France a établi un lien entre les conditions météorologiques caniculaires et des épisodes significatifs de pollution par l’ozone, qui constitue un des gaz à effet de serre recensés par le GIEC. L’exposition des populations sur le territoire est notée à 4 sur une échelle de 1 à 4 (très forte exposition à la qualité de l’air). La santé des personnes a été retenue comme la plus importante vulnérabilité des secteurs stratégiques du territoire, avec une forte exposition à l’ilot de chaleur urbain, à la qualité de l’air et plus globalement à la hausse des températures. »

« Les infrastructures liées au transport concentrent une grande partie des émissions de particules fines et d’oxydes d’azote. Les zones proches des grands axes sont donc particulièrement exposées à ces pollutions. » « Le principal poste émetteur de Nox (Oxyde d’Azote) est celui du trafic routier (64%), suivi par les émissions du secteur industriel (8%) et le secteur agricole (8%). La commune de Chartres est particulièrement influencée par le diffuseur autoroutier qui en fait la première commune du territoire (313,5 tonnes) en termes d’émission de Nox. Ce qui expose les populations proches des axes, mais également les automobilistes dans l’habitacle de leur véhicule ».

Que vise la stratégie globale du PCAET de Chartres Métropole ?

La stratégie globale porte des ambitions extraordinairement élevées d’ici à 2050 : -43 % de consommation d’énergie, -58% d’émissions de gaz à effet de serre, et multiplication par 2 de la production d’énergie renouvelable (à deux tiers par l’éolien et le solaire photovoltaïque).

Le plan d’action est-il réaliste ?

Le plan d’action décliné en 6 axes est particulièrement décevant. Il pose véritablement question quant aux capacités de respecter la stratégie globale. Il est axé principalement sur des actions de « promotion pédagogique », de « campagne d’information », « d’animation et de suivi », de « sensibilisation », de « gouvernance », « d’études », « de labélisation » « de mobilisation des forces », d’organisation des journées du développement durable » …. Peu d’actions concrètes, alors que le constat établi dans le diagnostic définit une véritable urgence à réagir rapidement.

Nos politiques ne semblent pas avoir pris conscience de cette urgence à agir pour assurer la transmission d’un territoire vivable pour les générations futures. Ils en ont pourtant la responsabilité.

Globalement, le plan d’action renvoie à davantage d’actions individuelles, ou de sensibilisation, pour mieux masquer l’absence d’ambition et de responsabilité collective, contrairement à des territoires métropolitains beaucoup plus engagés, et depuis plus longtemps, qui n’ont pas tardé à se mettre sur le chemin d’une véritable transition écologique.

La stratégie du schéma de cohérence territoriale (SCOT), piloté par les mêmes élus, visant une croissance forte de la démographie et de l’urbanisation du territoire est ainsi en contradiction avec le PCAET, tant il renforce toujours plus le pôle central de Chartres en matière de concentration d’emplois, d’équipements et de services, au détriment des communes périphériques jouant le rôle de polarité périurbaines ou rurales à l’image de Maintenon, Saint-Georges ou Sours par exemple, obligeant les habitants actuels et futurs à d’interminables allers-retours chaque jour, et favorisant l’étalement urbain qui alourdit la vulnérabilité de notre territoire (qualité de l’eau, qualité de l’air…).

Ce même SCOT, approuvé en janvier 2020, prévoyait 2 importants projets périphériques commerciaux et touristiques. L’abandon du titanesque projet du promoteur commercial sur le plateau nord-est, est une bonne chose si l’on considère l’intérêt économique et écologique de conserver le commerce de centre-ville / cœur de village, c’est-à-dire le commerce de proximité. De même sur le plan touristique, l’abandon récent du gigantesque (environ 100 ha) projet de parc médiéval sur les hauteurs de Lèves/Saint-Prest est à voir positivement, compte tenu avec la véritable richesse touristique que constitue notre patrimoine bâti et paysager d’une qualité exceptionnelle, qui nécessite un entretien constant. La stratégie reposant sur un développement artificiel sans fin est vouée à l’échec, tant les ressources territoriales sont incapables de l’absorber.

La vision autocentrée sur l’automobile, conduisant à soutenir à tout prix un projet autoroutier de l’A154, est à contrecourant des objectifs portés par le PCAET, qui fracture notre territoire et augmentant fortement la pression en matière de qualité de l’air et de biodiversité. La création d’une nouvelle autoroute se traduirait également par une forte dégradation de la qualité de l’air déjà très impactée sur Chartres par l’actuelle autoroute A11. Qu’en sera-t-il de l’effet sur la santé humaine ? Ce sujet n’est même pas abordé dans le PCAET.

En matière de déplacement, la promesse de réalisation de la ligne ferroviaire Chartres-Orléans est à l’arrêt. Pourtant portée par les mêmes élus, et par la Région Centre Val-de-Loire, ce projet qui devait voir le jour en 2023 est aux oubliettes ! La réalisation du pôle multimodal de la gare est ainsi dépourvue d’une branche majeure qui devait relier la capitale beauceronne à la capitale régionale, irrigant avec elle les territoires périphériques. Le PCAET n’en dit mot !

Parallèlement, l’action consistant à mettre en place 2 axes fort d’un bus à haut niveau de service (BHNS) a déjà pris plusieurs années de retard par manque de véritable ambition politique, alors que les transports publics ne concentrent que 5 % de part de marché, totalement dépassé par la voiture reine. À la traine dans ce domaine comparativement à des agglomérations de poids similaire, le bus n’attire pas faute d’offre vraiment qualitative. Ainsi, le plan de déplacements urbains (PDU) de 2014, ciblait déjà la réalisation de ces 2 axes forts, avec une réalisation « à court terme ». « Plusieurs parcs relais sont prévus aux extrémités des lignes fortes, permettant aux automobilistes de laisser leur voiture aux portes de l’agglomération et d’emprunter le bus pour terminer leur déplacement. Ce système permet aux usagers de réduire le coût de leur déplacement, en économisant notamment sur le prix du stationnement ». Tout cela était prévu « à court terme ». 6 ans après, rien n’est en place.

Peut-être parce que cela rentre en concurrence avec le parking de centre-ville qui, s’il n’est pas assez rempli, provoque le paiement d’une subvention d’équilibre par la ville …

Concernant les grands équipements, là encore, la stratégie est au greenwashing* ou à la poudre de perlimpinpin ! On se paye de grands architectes pour réaliser des « opérations modèles » à l’image de l’Odyssée ou du futur hypothétique hôtel de ville et d’agglo, prétendument peu dispendieux en énergie, pour mieux masquer l’abandon de l’entretien des gymnases ou écoles que l’on surchauffe du fait d’une isolation totalement obsolète. Heureusement que les villages de l’agglomération ont une pratique bien souvent plus vertueuse de la gestion des équipements publics de proximité, et n’observent pas toujours le modèle du chef-lieu départemental…

Enfin, en matière d’alimentation, alors qu’une ressource importante existe en périphérie immédiate du fait des près de 80 % de terres agricoles, et que l’action publique devrait inciter les pratiques agricoles vertueuses par l’importante commande publique vers le bio local, nos responsables politiques ont préféré construire une immense « usine à repas », dont les achats sont centralisés vers des plateformes de commandes, vers Rungis, etc…

Vous avez dit stratégie ?

Rédacteur Olivier Maupu 04.11.2020

*greenwashing : Consiste à mettre en avant des arguments écologiques pour se forger auprès du public une image écoresponsable, alors que la réalité des faits ne correspond pas, ou insuffisamment, à la teneur explicite ou implicite des messages diffusés